certainesCertaines n'avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka

 C'est l'histoire de femmes japonaises, qui ont quitté leur pays, leurs familles pour l'Amérique au début du XXème siècle. Des femmes, des voix de femmes, qui sont venues se marier avec des japonnais déjà installés aux États-Unis. Des voix qui racontent leurs déceptions, leurs désillusions face à leur misérable vie de réfugiées alors qu'elles s'étaient rêvées en maîtresses de belles maisons avec de beaux enfants, des maris aimants et respectueux .

Tout d'abord merci à ma bonne amie A qui m'a 'offert' ce livre ("vas-y prends-le ma mère l'a eu gratos avec un magazine!"). Agréable découverte. On adhère très rapidement à cette écriture peu commune. Nous n'avons pas 1 narrateur mais plutôt un choeur antique. Une seule voix  pour nous conter la traversée de ces femmes exilées, leur rencontre avec leur mari, leur travail dans les champs ou en tant que domestiques, l'humiliation des blancs, et enfin la guerre, la suspicion qui s'intalle (l'Etat décrétant que tout japonais vivant sur le sol américain est un traite), la déportation et l'oubli.

Ce procédé fonctionne très bien, nous n'avons pas un témoignage, mais dix, cents ce qui donne beaucoup de force au texte... C'est une écriture très musicale, lancinante, émouvante. Et juste au moment où l'on pourrait se lasser de ce ton incantatoire, on revient à une narration plus classique...bien joué!

"Sur le bateau certaines d'entre nous venaient de Kyoto, elles étaient blanches et délicates car elles avaient passé leur vie dans les pièces sombres au fond des maisons. Certaines venaient de Nara, elles priaient leurs ancêtres trois fois par jour et juraient entendre encore sonner les cloches du temple. Certaines étaient filles de paysans de la région de Yamaguchi, elles les épaules larges, les poignets épais et ne s'étaient jamais couchées au-delà de neuf heures du soir."

Certaines n'avaient vu la mer - Julie Otsuka - 142 pages - Editions Phébus